Un homme, de Philip Roth

Un linceul noir comme une pierre tombale, sobre et luisant, recouvre ce livre nrf Gallimard.
Sous cette jaquette, l’histoire d’un homme vieillissant confronté sa vie entière à la mort.
“Autour de la tombe, dans le cimetière délabré “… Ainsi commence le livre.


Carré juif aux inscriptions effacées en partie, rongées par le temps, carré en ruine de ce cimetière abandonné.
C’est là qu’il voulait se faire enterrer au grand étonnement de ses trois enfants : ses deux fils qu’il avait eu d’un premier mariage, qui n’avaient pour lui aucune affection, sa fille, Nancy, qu’il adorait et qui le lui rendait bien.
C’est là, dans ce cimetière d’une banlieue triste et sombre, là, autour de cette tombe creusée à même le sol que sont réunis ses trois femmes, sa fille et ses deux fils.
C’est là que cet homme a voulu être enterré, enseveli, sans cercueil comme il se doit chez les juifs.
Le livre commence là où il finit. Le livre commence comme il finit : un homme est passé. Rien.
Un homme dont on ne sait pas grand chose sauf qu’il a lutté toute sa vie contre la maladie qui le rongeait, déjouant sans cesse le piège de la mort.
Un homme ordinaire, en somme, face à la douleur, à la solitude aussi.
Un homme qui avait été séduisant, trop séduisant d’ailleurs. Histoire d’un homme qui renonce : il n’arrive plus à séduire, il n’a plus envie de peindre. Au fur et à mesure ses amis disparaîssent.
” Il meurt par morceaux “: déclin physique dès l’enfance jusqu’au stade final.
Je suis cet homme qui lutte, nous sommes cet homme qui lutte.
Nous jouons tous à ” cache -cache “avec la mort, un bandeau sur les yeux pour ne pas la voir, confrontés pourtant à elle devant la maladie ou la perte d’un être cher. Ignorons-la,contournons-la, elle se joue de nous, tapie, travaillant laborieusement à détisser notre enveloppe, riant sous cape de nous voir éviter la lumière crue du miroir.
Nul n’est intouchable, nul n’est invulnérable, combat inégal,perdu d’avance. Elle gagne. Toujours.
Poussière, tu retourneras à la poussière.
Affronter la mort sans illusions, voilà ce que cherche cet homme.
Justesse et sobriété. Histoire sans histoire.

Philip Roth écrit debout, appuyé à une tablette car il souffre depuis de nombreuses années de douleurs vertébrales.

Né en1933 à Newark, Philip Roth obtient le National Book Award en 1960 pour son recueil de nouvelles : «Goodbye Colombus».
Parmi ses nombreux livres, je vous conseille Portnoy et son complexe : rapports difficiles mais pleins d’humour entre une mère juive confrontée aux rapports sexuels de son fils, et de ce fils supportant difficilement cette mère juive.

Un homme. Philip Roth.Gallimard. 2007 pour la traduction française.
Sarah Chaouat Majer.
Janvier 2008.

DansDe page en page |