Aharon Appelfeld
Bonjour,
Si vous le permettez, de temps en temps, je vous ferai part de mes sensations, de mes impressions de lecture. J’emploi ces mots car pour moi, un livre terminé me laisse, moins que le souvenir d’une histoire, une « sensation », la sensation d’avoir immergée, noyée dans la pensée de l’auteur.
Il me semble à la lecture d’un livre, que je touche un peu, juste un peu, très peu, le moi profond de l’auteur.
Osmose, dialectique ? Je reçois, moi, mais lui que reçoit-il de moi ?
Je vous ferai donc part non pas de mes « coups de cœur » comme on dit mais de mes « coups au cœur ».
Ces derniers mois on trouve sur les étalages des libraires des livres de Aharon Appelfeld.
Aharon Appelfeld, je fus tout d’abord attirée par ce nom, certainement quelqu’un de l’Europe de l’Est, pensais-je ? Je pensais juste. Mais je n’avais pas eu de mal : son nom était tellement évocateur. Sur l’illustration de couverture le regard d’un petit garçon, perplexe, triste et interrogateur sous sa casquette de petit juif. Parfois, parfois seulement, parfois donc il arrive que l’illustration des couvertures des livres de la collection « Points » soit parfaite. C’est le cas ici : photo parfaire.
Je cherche le titre : écrit en lettres vertes un peu éteintes dans la casquette de l’enfant : « Histoire d’une vie », en petits caractères comme si cette vie n’était rien. Et pourtant.…
La gorge serrée, entrez dans cette vie, la vie de cet enfant déporté avec sa mère à l’âge de huit ans. Cet enfant qui, à l’âge de dix ans, réussit à s’évader sa mère ayant été assassinée au début de la guerre.
Errez avec lui dans les forêts ukrainiennes dans le froid, confronté aux pires horreurs, peur des bêtes et des hommes, la faim au ventre.
Laissez-vous enrôler dans l’Armée rouge avec lui. Puis l’Italie, toujours à la merci des autres.
D’organisation en organisation, il se retrouve sur un bateau en partance pour la Palestine.
N’imaginez pas de tendresse, personne n’est tendre avec lui !
Mais c’est un être volontaire ! Il va.
Depuis 1946 il vit donc en Israël.
< Les pages qui suivent sont des fragments de mémoire et de contemplation » dit Aharon Appelfeld et il ajoute plus loin : <la mémoire et l’imagination vivent parfois sous le même toit.>
Il a toujours refusé la dénomination d’<écrivain de la Shoah>.
Mémoire, fameux <travail de mémoire>, <travail>, dont on pourrait longtemps parler !
Il ne s’agit pas d’une autobiographie, mais de fragments de souvenirs qui se superposent, se chevauchent, se perdent.
Aharon Appelfeld est l’un des plus prestigieux auteurs israéliens dont les livres sont traduits dans de nombreux pays.
Il a été récompensé par le prix Nelly-Sachs en Israël pour l’ensemble de son œuvre.
« Histoire d’une vie » a reçu en France le Prix Medicis pour le meilleur livre étranger en 2004.
Mon exposé est-il terminé ? Nullement car j’ai omis de dire que pour écrire on ne peut bien écrire que dans sa langue maternelle. Or la langue maternelle de Aharon Appelfeld est restée en Bucovine là-bas avec son enfance. Lui, est resté « sans voix » jusqu’à ce qu’il acquiert une autre voix et qu’il s’y agrippe et qu’il s’y trouve chez lui.
Sa voie.
« Ma langue maternelle et ma mère ne faisaient qu’un. A présent, avec l’extinction de la langue en moi, je sentais que ma mère mourait une seconde fois ».
Dans la foulée, j’ai également lu « l’amour soudain » : raconter et raconter encore. Ne pas mourir avant d’avoir raconté avant de s’être réconcilié avec ses parents, avec sa mère.
Le 4 octobre vient de sortir. «Badenheim 1939 » : La saison estivale bat son plein, douceur, chaleur, bien-être, lumière, ombre et soleil. Mais…nous sommes en 1939 !
Octobre 2007-11-09
Sarah CHAOUAT
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