Vie et mort en deux rimes. Amos Oz
A la question :» que voudrais-tu faire quand tu seras grand?»Amos Oz répondait : «je voudrai être un livre».
Un livre , une survie donc? D’autant plus pour un juif pour qui il est moins dangereux d’être un livre que d’être un homme,surtout à l’époque du nazisme.
Sa survie , ce fut Israël,c’est Israël : d’origine russe et polonaise, il perd sa mère à l’âge de douze ans.En 1954 , à l’âge de quinze ans , il change son patronyme de : Klausner en Oz .
Oz : force , courage en hébreu .
Son oeuvre n’est pas terminée son livre donc, n’est pas terminé .Son livre ,sa vie.
Sa survie : isolé en bordure du désert du Néguev , il écrit.
Il arrive souvent, pour ne pas dire toujours, que l’on ait envie de savoir comment l’artiste procède pour peindre , composer une oeuvre de musique , écrire un livre . On voudrait bien connaître son procéder».Mais existe-il un «procédé» , un «truc» ?
Combien de fois entend-on des journalistes demander à l’écrivain :»écrivez-vous régulièrement»? ou encore «écrivez-vous avec un crayon ou avec un stylo,à l’ordinateur?Ecrivez-vous quand vous êtes triste ou quand vous êtes gai?Vous isolez-vous pour écrire?Ecrivez -vous à heures fixes?Etc…
L’auteur est-il obligé de se soumettre à toutes ces questions pour vendre son livre finalement.Est-ce une dette qu’il a contractée envers son éditeur,envers ses lecteurs ? Est-il contraint de répondre au jeu des dédicaces ?Et tous ces lecteurs qui l’obligent à mentir aux questions du type :»vous vous souvenez de moi ,tous ces lecteurs qui le prient de lire leur manuscrit qu’ils lui tendent de façon maladroite et timide en lui disant :»juste pour avoir votre avis».
Nous voici donc au coeur du sujet du livre : «Vie et mort en quatre rimes». Titre tiré d’un recueil d’un poète ancien,recueil dans lequel revient sans cesse cet autre vers : «point d’époux sans mariée ,
ni de pours sans parlers».
Ce livre raconte l’histoire d’un auteur que l’auteur nomme : «l’auteur» ou encore : « le romancier».
L’auteur,donc se trouve embarqué dans un centre communautaire perdu au fin fond d’un petit bled perdu en Israël,on ne sait où,quelque part.
Pour inaugurer la réouverture de ce centre qui vient d’être rénové on a fait venir un grand écrivain :»l’auteur».Il est chargé de faire la promotion de son livre.
Il fait très chaud,chaleur moite.Le public s’installe,un peu endimanché.Le médiateur prend la parole il explique,analyse le texte,découvre des choses auxquelles l’auteur n’avait même pas pensé.Il parle,parle,parle…
Transpiration,moiteur,voix sans timbre,incolore qui endort.
Et l’auteur se prend à vagabonder ,ses pensées flottent divaguent ,il se perd dans le flou de l’assemblée, examine les uns et les autres,leur prête un passé,une histoire.Il imagine des déchirements,des aventures .Certains personnages se dessinent très clairement.L’auteur forge un roman,un roman qui prend forme.Histoire dans l’histoire.L’iréel se mêle au réel.Vérité,mensonge.
Fiction.
L’auteur ,le vrai,Amos Oz, raconte,récit mêlé d’humour et de dérision.
Le présentateur se tait enfin laissant place à une lectrice : Rochale Reznick.D.eu merci il y a Roshale Reznick : une femme de trente cinq ans jolie, mais pas très attirante,lectrice et comédienne .Elle est chargée de lire à l’auteur des passages de son livre.
Cette voix pénètre l’auteur,il est sous son charme.C’est exactement la voix qu’il avait en lui quand il écrivait.Il est subjugué.
Il aurait voulu l’entendre lire son livre en entier,toute la nuit s’il le faut.Rien à voir avec les élucubrations et autres commentaires ou analyses sans queue ni tête faites par le présentateur.
Alors la séance d’autographes terminée,les derniers auditeurs partis ,les applaudissements éteints,l’auteur rejoint Roshale Reznick,cette jeune femme collctionneuse de boîtes d’allumettes de palaces internationaux cette femme qui vit avc Joselito…son chat,cette femme à la poitrine plate ,à la cheveulure…
Il la raccompagne chez elle.Alors…
Amos Oz est l’un des auteurs les plus prestigieux d’Israël,mondialement connu,traduit en trente-cinq langues.
Il a reçu de nombreux prix littéraires dans le monde.
«La boîte noire «lui valut en France le prix Fémina étranger.
Au salon du livre qui se tiendra à Paris du 14 au 19 mars,Amos Oz sera l’invité d’honneur.
Chaque année un pays est honnoré .Cette année c’est Israël.
Cette année Israël est à l’honneur avec Amos Oz comme invité d’honneur.
Mais n’est-ce pas révoltant,de voir (une fois de plus) que des intellectuels musulmans réclament le boyecotte du salon!Ce ,au nom des» droits de l’homme»que les israëliens auraient bâfoué dans le conflit avec les palestiniens.
Qui s’élève contre cette abjection?
Il me faut rappeler ici que Amos Oz est le cofondateur du mouvement :»la paix maintenant».
Vie et mort en quatre rimes.(Gallimard 2007)Traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen.
Sarah Chaouat Majer (février 2008)
DansDe page en page |