Le village de l’allemand ou le journal des frères Schiller

Roman de Boualem Sansal.

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Allemand, Schiller, Boualem Sansal… Des noms qui s’opposent, se rejettent .

J’avais déjà entendu parler de ce grand écrivain qu’est Boualem Sansal . Controverses, polémiques…

Boualem Sansal, écrivain algérien, bon écrivain algérien, intellectuel de haut niveau,é crivain de confession musulmane qui dit, qui affirme, qui ose. Qui dit les choses parce qu’il faut les dire, parce qu’il ne faut pas fermer les yeux sur ce que fut la shoah, d’autant plus que les régimes islamiques la nient.

Parce qu’il est persuadé que les jeunes de son pays doivent prendre conscience du plus grand crime qui fut contre l’humanité, crime perpétré par le nazisme dont la frontière avec l’islamisme est si mince, parce que il veut amener les jeunes musulmans à craindre l’islamisme à leur apprendre ce qu’ils risquent avec un tel régime, seule façon d’être capable de le rejeter.
Avec ce livre ,c’est lui qui est rejeté. Rejeté par le gouvernement algérien, cela va sans dire, mais aussi par tous les gouvernements arabo- musulmans. Mais encore plus révoltant, rejeté par une grande majorité des intellectuels musulmans.

Boualem Sansal lutte contre l’obscurantisme, le négationnisme, contre la lâcheté.
En exergue : « il y a des parallèles dangeureux qui pourraient me valoir des ennuis ».

La couleur est donnée.
Deux frères, les frères Schiller, découvrent le passé nazi de leur père après l’assassinat de leurs parents par un groupe islamiste. Deux frères d’origine allemande, algérienne et française à la fois.

Deux frères : deux prénoms qui par leur contraction rappellent des prénoms juifs : Rachel(Rachid-Helmut) et Malrich (Malek-Ulrich) nés d’une mère algérienne et d’un père allemand : Hans Schiller.

Deux frères nés dans un petit village près de Sétif : Aïn Deb.

1994 : pratiquement tous les habitants de ce village, le «village de l’allemand», comme on le nomme couramment , sont égorgés par le GIA, groupe armé islamique.

L’aîné,Rachel,se rend sur la tombe de ses parents.A cette occasion, il retourne dans la maison familiale très endommagée,pour se recueillir.Il fouille,comme on le fait toujours,cherchant à comprendre,cherchant tout court,cherchant quoi?

Il découvre une « petite valise pelée » contenant le passé de son père. Un passé dans une petite valise pelée. Mais quel passé!

Son livret militaire, ses médailles et tout l’attirail national-socialiste.

Hans Schiller, nazi de haut grade, s’étant enfui en 1945 passant par la Turquie et l’Egypte pour échapper à toute responsabilité en ce qui concerne les crimes qu’il a commis envers les juifs d’Europe,se cachant, se glissant dans la guerre de libération algérienne, se mettant tout entier au service du FLN .Un héros .Le héros.

Ce moudjahid acclamé de tous, épouse la fille du cheikh du village devenant cheikh à la mort de son beau-père: un chef, un vrai se servant de tous ses acquis : sens de l’organisation,de l’autorité, volonté de réussir à tout prix.

Parfaite intégration d’un être parfaitement capable de cacher son horrible passé nazi.
Rachel aussi s’était bien intégré en France : ingénieur ,cadre dans une multinationale, marié à une superbe femme : Ophélie.

Propriétaire d’une magnifique villa, naturalisé français comme son frère, heureux au sein de sa famille, de ses amis, apprécié de tous, le voilà maintenant rattrapé par le passé de son père.

Honteux,tellement honteux, il rentre en France avec cette valise qui lui brûle les mains, qui le brûle tout entier, il rentre en France avec cette valise lourde de secrets, avec cette valise qui sera son tombeau.

Pendant cette atroce et angoissate période, Rachel avait entrepris d’écrire son journal.

Son frère Malrich «un jeune des banlieux», sauvé si l’on peut dire grâce à la réinsertion par la mécanique auto, ce jeune des cités, révolté par le passé de son père se jette à corps perdu dans un combat contre les islamistes de sa banlieue, islamistes qu’il identifie aux SS.

Le journal que son frère a abandonné après son suicide, il décide de le continuer à sa façon. Journaux croisés qui nous jettent à la figure le danger et l’horreur des crimes commis au nom des idéologies.

Le village de l’Allemand, ou le journal des frères Schiller.

Gallimard. 2008.
Sarah Majer Chaouat.

Mai 2008